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Syndrome de l’imposteur et autres joyeusetés.

Comme beaucoup de ceux qui approchent du crépuscule, je regarde vers l’aube et vois le jour passé.
Je me demande si je ne vais pas d’ailleurs mettre comme étiquette de ce billet ou même catégorie : « chronique onanique ». Circonstance en partie déclenchante, je suis en train de remplir des formulaires de santé pour des assurances de prêts immobiliers et donc de me pencher sur mon passé médical et notamment psychique (non, les assureurs je ne suis pas suicidaire, j’ai sans doute eu quelques envies par le passé, mais je suis trop comme ces animaux qui quand ils mordent ne lâchent plus leur proie. Ma proie c’est ma vie).

Je suis et j’ai été dépressif, j’ai consulté un certain nombre de psychiatres (jamais de psychologue, bizarre…). Le dernier fut le meilleur. Le seul à avoir compris (totalement) mon fonctionnement. Quelle différence avec la première qui ne disait rien (je ne nie pas que le fait de parler ne me faisait pas beaucoup de bien), lui : un, il a mis des mots sur un diagnostic, qui m’a d’ailleurs surpris comme il surprendra sans doute ceux qui me connaissent (enfin la plupart) : « faillite narcissique totale » en gros je ne m’aime pas du tout. Mais j’y reviendrai plus tard. Deux, il me donnait à chaque séance l’ensemble des notes qu’il avait prises pour que je puisse y réfléchir. J’ai besoin de savoir, mon esprit analytique a besoin de décortiquer, je pouvais réfléchir sur moi avec les pistes tracées par un autre, en plus une autorité du domaine.

Très tôt on m’a fait douter de moi, j’étais moche, souvent malade et pas con, bref le bon cocktail pour faire un enfant harcelé, moqué. J’ai eu de bons parents, cependant mon père avait un immense défaut, il ne disait jamais que c’était bien. Moi j’avais besoin de sa reconnaissance, il était pour moi un modèle. J’en avais un autre, mon grand-père maternel, l’archétype du héros, s’était fait seul, résistant pendant la guerre, immensément humain, hélas mort lorsque j’avais à peine douze ans. Mes parents étaient, chacun dans son style, très intelligents. Mon père avait eu la malchance de parents horribles, des salops, son énorme intelligence il avait dû la masquer, on ne lui avait même pas autorisé à accéder réellement à la culture. Il en souffrait beaucoup et, je pense, souffrait du même syndrome que moi.

Attention oreilles et yeux sensibles, les mots qui vont suivre peuvent choquer (merde alors je deviens woke ?).

Je suis très intelligent, mais vraiment beaucoup. J’ose le dire, car cela fut certifié professionnellement il y a très longtemps (bon j’ai beaucoup perdu, sans doute de mauvaises fréquentations…). Notez que, sans fausse modestie, je ne me considère pas supérieur globalement à qui que ce soit. Certaines et certains dessinent ou peignent formidablement bien, jouent de la musique ou chantent magnifiquement bien, sont excellent dans tel ou tel sport… L’intelligence, c’est juste une de ces particularités qui fait, cde nous ce que nous sommes, ni meilleures ni pires.

Je me demande souvent si cette particularité n’a pas souvent été plutôt un handicap. Par exemple mes études, loupées et très brèves. Très bons débuts en primaire (sauf une écriture lamentable, impossibilité d’apprendre par cœur (un des grands trucs de l’époque) et, déjà, rêveur). Le collège certaines matières, très bon (histoire géo (merci Mlle Dal), sciences naturelles, français (hors dictées) bon, voire très bon. Langues vivantes, mathématiques, lamentable. À noter prof de dessin soixante-huitard pour qui j’étais très bon (rien de figuratif). Je passe sur le sport où j’étais aux abonnés absents. Malgré des 1 ou 2 de moyenne en langues et 4 ou 5 max en maths j’arrivais quand même à la moyenne :). Le lycée, je suis parti en fin de seconde (économique et sociale ça existait de mon temps) avant que l’on ne me demande de le faire. Mais c’est cette année, qui étant le seul originaire de mon collège, m’a permis d’être perçu différemment par mes coreligionnaires. Je n’étais plus une merde (les choses avaient commencé un peu en troisième après que j’eusse explosé la tronche d’un de mes harceleurs).

Muni de ce maigre bagage, je fis quelques petits boulots puis j’eus la chance d’entrer au plus bas grade dans l’administration. Je viens d’en sortir comme cadre (attaché principal, chef de projet), mais ça, je pense l’avoir conté ailleurs.

Cette longue mise en situation passée, venons-en, enfin, au propos de cet article (billet, réflexion…).

Pratiquement tout ce que je sais, je l’ai appris par moi-même, je suis un autodidacte pur jus, première pression (mais pas la seule). Je me revois faisant mes premiers bidouillages électroniques, développant mes premières photos sur le sol de ma chambre…

À force de lectures, d’essais/erreurs je suis parvenu à être plutôt bon dans quelques domaines. Certains comme l’électronique ou l’informatique ouvrirent pour moi de réelles opportunités professionnelles. Au prix de milliers d’heures, mais ça personne ne pouvait le savoir (sauf mes très proches qui étaient témoins de ce temps passé (je me rappelle ma mère pensant que j’étais parti alors que je venais de passer une douzaine d’heures dans mon labo photo (j’ai toujours eu une vessie de grande capacité)).

Une de mes terreurs était qu’un nouveau au boulot (la plupart de mes collègues techniciens sup ou ingénieurs) ne vienne me demander ce qu’a été mon cursus. Et cela m’est arrivé, souvent. Régulièrement je bottais en touche. « Mais tu devrais être fier de ton parcours », direz-vous.

Non, hélas non, j’en avais honte. Sans doute suis-je affligé du syndrome de l’imposteur.

J’avais entendu ce terme il y a pas mal de temps et m’y étais identifié, mais sans approfondir plus. C’est à l’occasion de ces rétrospections dont je parlais au début que je me suis penché sur ce phénomène.

Qu’elle fût ma surprise de découvrir que ce phénomène est connu et étudié depuis les années 70. À la lecture de l’article de Wikipédia qui est assez complet, j’ai découvert que je coche pas mal de cases. Par exemple, j’ai toujours essayé d’être extrêmement rapide dans l’accomplissement des tâches que j’accomplissais. Je dois modérer ce point, car mon caractère hyperactif fait que quand je commence quelque chose je le fais très vite. Cependant si je trouve la tâche inutile, stupide, idiote alors là je fais tout pour remettre aux calendes grecques. Dans l’article et c’était un comportement, troisième, qui implique charme et perspicacité pour gagner la faveur de ses supérieurs. Peut-être l’ai-je fait il y a très longtemps, mais je ne m’en souviens pas, en tout cas depuis des années, voire des décennies, j’ai plutôt eu tendance à m’en mettre certain à dos en hésitant pas à les critiquer ouvertement. À l’origine les chercheurs pensaient que seules les femmes professionnelles étaient concernées par ce phénomène. Les études ultérieures ont montré que les deux sexes en étaient victimes.

Il est à noter aussi que le caractère de maladie incontestée notamment par les deux auteures des études originelles, elle parle plus d’une expérience que 70 % de la population auraient déjà vécue. En ce qui me concerne je crois aussi qu’il ne s’agit pas réellement d’une maladie, un état d’esprit, une réaction à une situation et sans doute une part sensible dans l’apparition du syndrome dépressif qui lui est réellement une maladie.

Les « victimes » de cet état utilisent des stratégies de défense et j’avoue m’être reconnu dans l’utilisation de certaines d’entre elles en fait quasiment toutes, je ne vous les infligerais pas ici vous pourrez toujours en lire le détail sur l’article Wikipédia. Par contre rapidement les « tout à fait moi » ou « souvent utilisé » :

  • Stratégie overdoing qui consiste quand on a une tâche à accomplir à investir une très grande énergie de cette façon c’est la quantité de boulot effectué qui donne l’impression que la réussite vient de là.
  • À contrario la stratégie underdoing utilise la procrastination comme adaptation au sentiment d’insuffisance ; je plaide coupable dans les deux cas.
  • Dans la suite on va dire que j’accumule les situations perfectionnistes, expert, génie naturel (oui j’ai l’habitude que les compétences viennent facilement et lorsque je dois fournir des efforts mon cerveau me dit que je suis un imposteur).
  • Soliste/solitaire (alors là on est vraiment dans ce que je suis j’ai toujours eu besoin de faire les tâches seul ne jamais demander de l’aide sinon j’ai la terrible impression d’être dans l’échec, d’être un imposteur).
  • En revanche surhomme ou superfemme, ceux qui se forcent à travailler plus dur que leur entourage, ce n’est vraiment pas moi par moment je suis même sacré feignant.

Bon je vous passerai les diagnostics, thérapies, etc. Tout cela commence à être bien long et devez déjà toutes et tous partis loin de ce texte assommant.

Voyons les réflexions tout à fait personnelles que je fais sur ce sujet, sur mon sujet.

Je ne me sens pas, plus, responsable de cet état. Je sais que certains diront que c’est facile, mais en fait j’accuse la société de ces maux. En effet si l’on pouvait considérer les gens plus globalement plus finement, les voir avec leurs spécificités. Si on pouvait par exemple arrêter de considérer qu’il y a une méthode d’enseignement qui marche pour tous. Ainsi, sans doute en partie à cause de mon hyperactivité, j’ai toujours été incapable, sauf si je suis vraiment passionné, de rester trois quarts d’heure une heure assis à une table à écouter un enseignant. Un de mes fils d’ailleurs, si ce n’est les deux, a les mêmes problèmes. Il faudrait en ce qui nous concerne avoir quelque chose de plus interactif de moins doctoral. Je me rappelle mes cours d’histoire-géo collège notre professeure était une femme formidable, elle nous impliquait dans ses cours, nous pouvions intervenir même si j’étais généralement le seul à le faire. Plus tard dans la vie il me semble aussi nécessaire d’arrêter de considérer qu’il y a une voie royale, les études classiques. Notre pays est d’ailleurs un de ceux où les diplômes sont sacrés (j’ai entendu dire que les Allemands ne sont pas tristes non plus sur ce point-là). On nous rabâche sans cesse, notamment les politiques, que de nos jours il faut considérer qu’au cours de notre vie nous connaîtrons différents parcours, différents métiers, nous devrons remettre en question nos choix initiaux, nous adapter… je trouve ce discours particulièrement stupide, non plutôt un beau discours néolibéral voulant que nous, vous, soyons adaptables au marché du travail. Cela peut devrait dans certains cas, mais qu’en est-il de ceux qui choisissent, un métier par vocation va-t-on dire au menuisier qui parfait son savoir-faire depuis des décennies : « laisse tout tomber et deviens boulanger ». Tout cela est un autre sujet dont, je suis sûr, je parlerai un jour.

Comme toujours, ou tout au moins très souvent, on en revient à la tolérance. L’acceptation des différences des uns, des unes, des autres. Considérant une fois pour toutes que nous sommes équivalents, que nous avons la même valeur.

Cogitations inutiles et nocturnes d’un allongé 1/…

Quand on devient un vieux (con) et surtout quand on est limité dans ses mouvements, ses déplacements on cogite ou on regarde tf1,cnews, Hanouna… Je me disais en mon pas si fort que ça que 45 ans et plus d’informatique oblige à faire de la logique une compagne de tous les jours. A vivre dans un monde où les choses sont vraies ou fausses et que si elles apparaissent ni l’une ni l’autre ou l’une et l’autre c’est que l’on ne les a pas assez décomposées. Cela devient un peu un mode de vie, on analyse logiquement. Bien sur on peut agir volontairement au contraire de ce que nous dicte la logique et c’est pour ça que nous sommes humains et pas machines. De même voir les choses de façon logique ne signifie pas être binaire tout n’est pas noir OU blanc il peut (il doit ?) avoir des nuances de gris. Même le hasard, les probabilités, s’intègrent parfaitement si l’on connait un peu son domaine. Mais l’on est parfois, souvent, surpris de voir tant de monde raisonner sans l’aide de la logique en se réclamant d’une vision, d’une approche scientifique.